
En 1990 d'importantes directives policieres ont ete mises en place pour la securite des touristes le long du Nil a cause de la recrudescence des attentats islamistes. Aujourd'hui, la police n'est plus trop a l'ordre du jour continuant a appliquer ces directives rigoureuses bien que le risque ne soit plus present. Difficile de voyager librement le long du Nil...
Le 20 avril, nous partons avec Quentin, charges de sacs a dos modiques ou improvises pour toute une aventure. Direction Assouan, la ville la plus au sud. Nous prenons des microbus, le train local n'etant pas autorise aux touristes (50 pounds le trajet), nous refusons de payer 90 dollars pour un train grand luxe. Premiere etape Al-Minya, arret a l'oasis de Fayroun pour boire un karkade, se restaurer de foul, puis nous changeons de microbus a Beni-Suef. Arrives a Al-Minya, on marche plein sud pour sortir de la ville et esperons y etablir notre bivouac. Des enfants nous accompagnent puis nous proposent de visiter une eglise copte a la sortie de la ville, celle ci est surveillee par un flic carabine a l'epaule, il nous fait entrer. A l'interieur une foule d'enfants nous accueille puis nous nous asseyons dans l'eglise au milieu de cette joyeuse troupe. Nous partons ensuite chez Abdelmalak dans le village fortifie adosse a l'eglise, mais sans l'accord du policier qui refuse qu'on dorme ailleurs qu'a l'hotel. Les sirenes ne tardent pas a retentir. S'en suit une reunion dans le bureau de l'abuna de l'eglise, avec un flic en djelleba; tout a coup, une coupure d'electricite. La discussion se termine a la lueur des portables eclairant fantastiquement l'abuna face a son assemblee. "Ca devient du n'importe quoi", Quentin ne s'imagine pas a ce moment la que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. On prend un taxi qui nous ramene au centre ville. Abdelmalak nous accompagne, "vous preferez eglise catholique ou copte?" la question semble aussi absurde que la situation. Allons-y pour la copte. Finalement on n'y dormira pas mais nous nous asseyons pour quelques minutes au milieu d'une assemblee apres avoir serres les mains de tous les pretres coptes. C'est une fete d'anniversaire et on s'y fait servir des gateaux. La situation pourrait etre pire. On reprend le taxi pour aller a l'hotel ou un policier nous attend. Un peu trop luxueux celui-ci... On nous emmene ailleurs ou notre budget ne sera pas explose.
Le lendemain, les flics nous autorisent a quitter l'hotel apres un coup de fil au superieur. On file vers la station de microbus. Sur le chemin nous croisons un des pretres coptes de la fete de la veille. Abuna Sawress nous invite chez lui pour quelques heures puis nous repartons. Aujourd'hui nous avons la ferme intention de marcher. On a repere la veille une petite route de campagne ou surement la police ne sera pas la pour nous deranger. Un taxi nous y emmene pour 100 pounds.

On atterit sur une route sans asphalte dans le petit village de Masaara. Un type sur un ane parle au chauffeur qui s'arrete apres l'avoir suivi quelques metres devant une des maisons en torchi. Qui penserait que meme ici la police a ses quartiers? Et quels quartiers! Le commissariat est completement cocasse. Dans cette maison en terre, quelques types en djellebas, vieux fusils a l'epaule, un gros banc d'une peinture blanche craquellee ou l'on s'assoit... Dans le bureau, un beau tapis Babar orne le sol, on a du mal a prendre les policiers au serieux. Finalement on nous demande de quitter le village mais ceux ci vont nous y aider. On nous escorte donc dans le village, d'abord les policiers puis la presque totalite des habitants.


Le jeudi 22 avril, on quitte l'hotel avant que les policiers n'arrivent. On va essaye de les eviter et de partir dans le desert. Dans le taxi collectif, on fait semblant de dormir a chaque check-point, la situation fait rire tout le monde et le chauffeur nous signale chaque passage entre les barriere par un "sleep!". La route est tres belle. Il fait tres chaud. Des buffalos labourent un champ vert, de grands palmiers sont partout, des oiseaux blancs et gracieux "abulgeridan" sont poses par dizaines dans d'autres arbres feuillus, des champs de canne a sucre, des bananes... A Nagh Hammadi, on s'arrete et marchons dans la ville pour trouver a manger. On achete d'excellentes guavas et 1kg d'oranges, et trouvons ensuite un bui bui a "kosharis" pour se restaurer. Nous prenons ensuite un autre taxi pour Dandara, connue pour son temple d'Hathor, avec l'intention de partir plein sud a pieds dans le desert entre une boucle du Nil. On fait l'erreur de vouloir partir deja au sud en empruntant la route vers le temple, nous voici droit dans la gueule du loup : nos fideles compagnons les policiers sont la. Un autre taxi appele par leurs soins nous conduit a Qina, nous depose devant un hotel puis repart. Finalement on a encore le temps de filer, on quitte la ville et traversons le Nil apres deux heures de marche, nous engageons a la tombee de la nuit dans une petite route entre des bananeraies. Et la encore dans un endroit perdu, un homme en djelleba nous dit etre policier, ca nous fait bien rire jusqu'a ce qu' il nous montre sa carte, retour a la case depart. Nous dormons a l'hotel.



Les deux jeunes soeurs de 20 et 27 ans, Saara et Salma, se confient sur la difficulte d'etre une femme dans une famille egyptienne. Quentin nous traduit plus tard ces paroles en arabe "Si j'ai besoin de quelque chose a Assouan, je n'ai pas le droit d'y aller, c'est ma mere ou mon pere qui s'en charge", "Je n'ai pas envie de me marier", "J'aimerais partir vivre en Inde mais ma famille m'en empeche". On les quitte pour aller prendre le train et retrouver Mohamed (un ami de notre colloc Abu Horaira) a Assouan.
Mohamed nous embarque dans une fellouque le lendemain pour visiter le village nubien sur la rive ouest. Les vieilles maisons en terre face aux montagnes de sable. Les habitants sont la pour faire visiter aux touristes qui entrent dans leur lieu de vie monnayant un bakchich. On se sent un peu offenseur de leur village.


Deux jours et deux nuits sur une toute petite felouka, juste assez de place pour coucher dessus a quatre, Dadou, Sophie, Quentin, Mustafa.Le Nil est large et calme et ses eaux coulent lentement. Il est entoure d'une verdure luxuriante qui contraste avec le desert chaud, orange et sterile, qui l'entoure. Sur la petite felouka, on cuisine, on fait le the, on s'arrete sur les berges accueillantes du fleuve pour se baigner. Le 25 au soir, on rencontre un groupe de jeunes du village a cote duquel nous nous sommes arretes. Quentin nous fait un inventaire des jeux de notre enfance: gymnastique, le foulard, le beret... et autres jeux d'adresse. On cuisine, on fume et on boit quelques bieres, a la lueur de la bougie et celle de la lune montante. On dort sur l'eau, serres les uns contre les autres sur la felouka, berces par ses mouvements. Les crapaux chantent ainsi que certains insectes de nuit.
On voit qu'on s'est enfonce plus loin dans l'Afrique, les palmiers sont enormes, palmiers a dates, doums dont nous rammassons les fruits durs, on les mets dans l'eau bouillante qu'on boit ou on les mange tels quels, si on a de bonne dents. Le soleil chauffe, le temps se laisse aller comme la petite felouka sous le leger vent du nord qui parcourt le Nil et nous rafraichit. La journee passe, douce et lumineuse. Le paysage donne envie de remonter le Nil vers les pays inconnus de l'Afrique...


Nous prenons un taxi-pick-up pour aller au village de Mohammed. Le taxi nous depose. Nous marchons une dizaine de minutes a travers les champs pour arriver au bord du Nil, sur sa rive est. Sur la plage de sable, Mohammed se met a crier vers l'autre rive:"Abdu! Abduuu!". Le vieux Abdu arrive depuis la rive ouest avec sa barque. Nous montons dans l'embarcation qui tangue et semble vouloir chavirer. Nous arrivons a Al Houch. Un village de pierre et de terre, tres colore. Mohammed nous offre des oranges, de l'eau fraiche. Quel calme! Sa maison est belle et sobre. une cour interieure ou est etendu le linge. Dans une piece, trois bancs de bois, un tapis sur la terre batue. Une echelle pour monter sur le toit. Mohammed nous parle de lui, de ses projets d'avenir avec son fils Abdullah ne il y a trois jours seulement. Nous n'avons pas remarque tomber la nuit. Nous allons prendre le train de nuit pour le Caire. Nous retraversons le Nil sur la barque d'Abdu. Quelques gros bateaux de croisiere forment des taches de lumiere qui avancent dans notre direction. Dans la surface noire et calme du fleuve se reflete le ciel eclaire par la lune presque pleine.


Un dernier the, nous remercions Mohammed pour les moments passes avec lui. Grace a lui nous achetons des tickets pour le train local, normalement interdit aux touristes. Le train arrive a 21h30. Le train est precaire et sale, les fenetres, qui se decrochent et laissent passer l'air sans parvenir a purifier l'atmosphere, ne laissent quasiment rien entrevoir au travers des taches brunes, le sol est jonche de dechets. Le train se met en marche. Deja des policiers viennent nous chercher pour nous installer a cote d'eux. Face a nous, un gros bonhomme chaleureux est assis, il est professeur de francais a Assouan. Apres 3h de discussions melangees de francais et d'arabe, de lecons avec les genoux de Quentin en guise de table, on tente de s'endormir. On se recroqueville dans tous les sens, mais en plus d'etre inconfortable et sale, le train est aussi tres bruyant. Entre les gens et les bagages, les vendeurs de the aux enormes theieres brulantes, de biscuits, les vendeurs de bananes ou encore de batteries de telephone crient leurs produits et essaient de se frayer un passage. S'y joint les discussions, les disputes aussi comme entre ce marchand de fripe et un type separes par les flics apres 1/2 heure de virulente altercation. D'autres essaient de dormir, un homme monte sur l'etagere a bagages pour s'y assoupir. Nous partons tenter notre sommeil sur 4 autres sieges qui se sont liberes. Quentin vient installer son matelas mousse en dessous apres avoir pousse les dechets innombrables. Et apres deja 7h de train, forcement on a une petite envie, mais les toilettes, difficile d'en trouver avec une porte, et le sol est collant et noircit par la crasse.
Il est 5h30. Le soleil nous reveille passant sa lueur faiblarde au travers des vitres sales. Les marchands portent maintenant sur leurs tetes des plateaux de bois ou s'accumulent des sandwichs aux falafels. Vers 10h, des femmes nous balancent des friandises sur les genoux, un aller-retour dans l'allee puis elles les recuperent, bredouilles. Voici 13h qu'on est trimballes dans ce train infernal mais incroyable. On arrivera apres 14h30 de voyage, soulagement en arrivant au quartier de Doqqi. On se sent a la maison. On part se payer un "qasab" au juice shop. "Quel luxe de se sentir a la maison au Caire" dit Quentin.
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